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Mt 20, 1-16

 

 

En habile pédagogue, le Christ use volontiers de paraboles, ces comparaisons et petits contes symboliques donnant à contempler Dieu et son œuvre de salut de manière plaisante autant que profonde. C'est ainsi que dans l'Évangile selon S. Matthieu, la formule « le Royaume des Cieux est comparable à... » revient à maintes reprises[1]. En Mt 20, 1-16, nous trouvons la parabole du maître de la vigne qui embauche des ouvriers pour sa vigne. Que nous révéle-t-elle ?

 

Comme toujours et avant tout, la bonté de Dieu. Car le maître de la vigne qui, à différentes heures du jour, sort à la recherche d'ouvriers pour sa vigne et finalement les rétribue, c'est Dieu Lui-même qui, tout au long de l'Histoire, appelle les hommes à collaborer à son œuvre de création et de rédemption pour les récompenser par la vie éternelle. Que l'on ait été embauché de bonne heure comme le peuple de la première Alliance ou à la dernière, entendons “depuis l'incarnation du Christ”, que l'on soit chrétien depuis sa petite enfance ou qu'on le devienne plus tard, voire juste avant de mourir, le salaire est objectivement le même pour chacun dans la mesure où il aura travaillé un tant soit peu à l'œuvre de Dieu.

 

Si cette révélation en vient à nous heurter comme elle a heurté un certain Israël au cœur étroit, représenté par les ouvriers des premières heures qui récriminent au moment de la rémunération, c'est que nous avons oublié la gratuité du salut divin (cf. Éph 2, 5.8), que nous considérons notre élection comme un privilège exclusif, que nous ne sommes pas entrés dans le dessein de Dieu « qui veut que tous les hommes soient sauvés » (1 Tm 2, 4), que nous n'aimons pas encore Dieu de tout notre cœur, de toute notre intelligence et de toute notre force, et notre prochain comme nous-même, bref que nous sommes encore loin du Royaume des Cieux (cf. Mc 12, 33).

 

Le vrai bonheur n'est-il pas d'être avec le Seigneur et de travailler à sa vigne, son Église ? S. Paul, juif devenu chrétien, ouvrier donc et de la première et de la dernière heure, n'avait pas de doute à ce sujet. S'il souhaitait quitter ce monde, comme il paraît dans la lettre aux Philippiens, ce n'était pas lâcheté devant les pesants labeurs et les souffrances de la vie présente, mais ardent amour du Christ, brûlant désir d'être parfaitement uni à Lui. S'il préférait néanmoins demeurer en ce monde, ce n'était pas crainte de la mort et attachement aux biens créés, mais volonté d'affermir la foi des disciples de Jésus et d'évangéliser jusqu'à l'extrême en attendant l'heure de Dieu.

 

De la gratuité du salut, dont témoigne entre autres la sentence « les derniers seront les premiers et les premiers derniers », l'Apôtre avait une vive conscience. Il savait aussi que la grâce n'exclut pas la justice[2]. C'est pourquoi il écrivait aux Corinthiens : « Chacun recevra son salaire à la mesure de son propre travail » (1 Co 3, 8). Attention ! Il n'y a pas là contradiction avec la parabole du maître de la vigne, mais complémentarité. En effet, objectivement identique pour les sauvés, le salaire sera néanmoins subjectivement diversifié. Chacun participera bel et bien à la vie éternelle, mais à la mesure de la charité qu'il aura déployée dans ses actes, à la mesure de son mérite. La quantité et le temps n'auront que peu d'importance, seule comptera vraiment la qualité de notre amour.


[1] Mt 13, 31.33.44.45.47 ; 20, 1.

[2] Cf. Encylcique Spe salvi, N° 44, 30 novembre 2007, Benoît XVI.

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