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L'IMMACULÉE CONCEPTION DE MARIE

 

INTRODUCTION

 

L'Immaculée Conception de Marie signifie que celle-ci n'a pas été conçue avec le péché originel, lequel n'est pas un péché personnel, sauf chez Adam et Ève, mais de nature, en ce sens qu'il affecte la nature humaine transmise par Adam et Ève à leurs descendants.

 

L'Immaculée Conception de Marie a été définie dogmatiquement par Pie IX le 8 décembre 1854 dans la Bulle Ineffabilis Deus après une enquête de cinq années menée auprès de tout l'épiscopat. Cette question faisait néanmoins l'objet d'une recherche depuis le XIIIe siècle dont le moteur fut en premier lieu le sensus fidei des chrétiens qui s'exprime par la liturgie et les dévotions en tout genre.

 

L'IMMACULÉE CONCEPTION PROPREMENT DITE

 

Marie est pleine de grâce (Lc 1, 28), mais quand cette grâce plénière lui a-t-elle été donnée ? Pour l'humanité sainte du Christ, la réponse est simple : dès lors que cette humanité n'a jamais existé que parfaitement unie au Verbe divin, elle a toujours été remplie de grâce, dès le premier instant de sa conception. Mais Marie existe avant d'être la Mère du Christ. Elle a été préparée à cette vocation, et cette préparation trouve sa réussite à l'Annonciation (Lc 1, 26-38). Pouvait-on néanmoins penser que la sanctification de Marie datait du premier instant de sa vie ? Marie avait-elle été créée en grâce comme Adam et Ève ? Depuis la chute originelle, aucun être humain n'avait été créé dans la grâce : la nature humaine n'était plus innocente, elle était dans un état de corruption qui est une propension au mal (concupiscence). Toute la question était donc de savoir si Marie avait été créée dans la grâce, c'est-à-dire exempte du péché originel qui touche tout être humain comme descendant d'Adam et Ève, ou non.

 

Difficultés doctrinales

 

Nul ne niait, surtout après le concile d'Éphèse en 431, que la Mère de Dieu avait la plus grande sainteté concevable pour une créature. Mais cela ne veut pas dire nécessairement une exemption du péché originel. La difficulté doctrinale principale, celle sur laquelle achoppa S. Thomas d'Aquin, est riche d'enseignements (cf. Somme de théologie, IIIa, q. 27, a. 2).

 

L'union conjugale engendre des pécheurs, non en raison d'une imperfection morale des époux, mais parce qu'elle transmet la nature humaine viciée par le péché d'Adam et Ève. Or Marie est née de l'union de ses parents, et a donc reçu sa nature de cette façon. La conception d'une personne se fait par la conception du corps (œuvre des parents qui sont procréateurs) et par la création de l'âme infusée par Dieu. Chez les théologiens médiévaux, les deux moments étaient bien distincts : l'âme contracte le péché originel au moment de son infusion dans le corps. Dieu peut bien créer une âme pure, et dès lors la personne n'a pas le péché originel ; mais pour S. Thomas ce ne fut pas le cas de Marie. Pourquoi ? Parce que, si cela avait été le cas, Marie ne serait pas une rachetée. Une sanctification qui ne supposerait pas le péché originel déjà contracté, soustrairait Marie à la rédemption du Christ. Et S. Thomas récuse même la thèse qui s'imposera plus tard : Marie n'a pas été préservée du péché originel par grâce, en vertu par conséquent du don et des mérites du Christ, parce qu'il faut que tout être humain ait besoin personnellement de la rédemption du Christ. C'est la personne de Marie qui devait être rachetée, c'est-à-dire l'union du corps et de l'âme l'ayant constituée comme personne ; la grâce a donc été donnée à Marie après sa conception. Bref, pour S. Thomas, Marie était née pécheresse, puis elle avait été rachetée par le Christ. La rédemption de Marie s'était opérée après la création de son âme et son union au corps. De plus, par protection spéciale de Dieu, elle n'avait jamais commis de péchés personnels (pas même véniels) ; à l'Annonciation, l'Esprit Saint était survenu en Marie pour la purifier même de tout foyer de concupiscence.

 

La solution dogmatique retenue

 

Il ne fait aucun doute pour les médiévaux que la sainteté de Marie vient d'une grâce du Christ, grâce formellement rédemptrice. Mais c'est le mode de cette rédemption qui est unique pour Marie et contrairement à Thomas d'Aquin, Duns Scot a su dégager ce point : la corruption originelle transmise par génération qui devait atteindre Marie en tant que descendante d'Adam et Ève, a été interceptée par une anticipation de la rédemption du Christ. La rédemption qui est pour nous tous purificatrice, a été pour la Vierge préservatrice. Au moment où Marie est formée dans le sein d'Anne, sa mère, son âme est créée par Dieu immédiatement dans la grâce. Il s'agit bien d'une rédemption ; Jésus est mort aussi pour sa Mère. Mais le mode de cette rédemption est unique : non pas dans le fait qu'il y a eu anticipation (car c'est le cas également des justes de l'Ancien Testament), mais dans le fait qu'il y a eu préservation plutôt que purification. Marie est donc bel et bien une rachetée, mais d'une façon qui lui est propre, et cette exemption de Marie est même l'acte le plus élevé de la rédemption. C'est pourquoi Marie chante en son MagnificatMon esprit exulte en Dieu, mon Sauveur (Lc 1, 47).

 

L'Immaculée Conception est donc l'affirmation que Marie a été conçue dans l'état originel dont le péché d'Adam est la privation. Marie se trouvait dans un état d'innocence qui se caractérise principalement par le plein accord de la chair et de l'esprit à la volonté de Dieu.

 

La perte de l'harmonie originelle a livré l'Homme à la concupiscence (tendance au mal moral). La grâce de l'Immaculée Conception préserve Marie de ce désordre ; elle est tout entière accordée à Dieu. Le mal n'est pas détruit en elle, il est empêché dans sa racine et ses effets. En nous, il est progressivement détruit : le plein effet de la rédemption suppose notre vertu.

 

Objection

 

Reste une objection que les théologiens protestants ont soutenue en s'appuyant sur cette parole du Christ : « Je ne suis pas venu pour les justes, mais pour les pécheurs » (Mt 9, 13). Pour répondre, il faut montrer mieux encore en quoi Marie est une rachetée. Marie aurait contracté le péché originel si elle n'avait pas été préservée de façon spéciale par le Rédempteur. En effet, la cause par laquelle Marie existe réellement (la génération de ses parents), était de soi ordonnée à lui communiquer le péché originel. Et la grâce d'une conception immaculée a empêché cette cause de produire son effet « normal ». Cette cause a bien donné la nature humaine, mais non la participation au péché originel qui affecte cette nature depuis Adam et Ève. Il y a donc eu une action réelle de Dieu sur la personne de Marie pour la préserver d'un mal réel, non pas le mal lui-même puisqu'il a été empêché, mais en sa cause. Si en Marie, la grâce ne l'a pas faite passer de l'état de pécheresse à l'état de juste, la justice lui a bien été accordée comme un triomphe sur le péché : c'est une réalisation extrême de la justification. Le péché qui devait toucher Marie ne l'a pas touchée.

 

Le centre christologique de cette doctrine

 

L'Immaculée Conception de Marie exprime d'abord une excellence du Christ, et c'est dans cette ligne que s'est développé le sensus fidei exprimé par la piété du Peuple de Dieu. La grâce de l'Immaculée Conception est une grâce rédemptrice, elle est la plus haute réussite de la rédemption. L'efficacité sans mesure de la mort et de la résurrection du Christ se manifeste par ce triomphe total sur le péché.

 

La formulation dogmatique

 

On a une Bulle d'Alexandre VII (1661) dont Pie IX reprendra nombre de termes tout en étant plus concis : il s'en tient en effet à la formulation du fait de la préservation et ne dit rien sur le comment (pas de distinction entre le corps et l'âme...) :

 

Nous déclarons, Nous prononçons et définissons que la doctrine qui enseigne que la Bienheureuse Vierge Marie, dans le premier instant de sa Conception, a été, par une grâce et un privilège spécial du Dieu Tout-Puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée et exempte de toute tache du péché originel (ab omni originalis culpae labe praeservatam immunem), est révélée de Dieu, et par conséquent qu'elle doit être crue fermement et constamment par tous les fidèles.

 

Une querelle s'est élevée pour savoir si Pie IX avait aussi défini que Marie était exempte de la tendance au péché (la concupiscence ou fomes peccati). Il s'agit ici d'interpréter la formule de la définition : ab omni originalis culpae labe praeservatam immunem. Doit-on distinguer entre la souillure qu'est le péché originel lui-même, et la souillure qui suit le péché originel ? Il y a aussi la question de savoir si Marie a péché dans sa vie. En effet, dire préservée du péché originel ne dit pas nécessairement préservée de tout péché (Adam et Ève n'avaient pas le péché originel quand ils ont péché ; pour eux, le péché originel n'est pas un péché de nature, mais un péché personnel).  

 

LA PRÉSERVATION DE TOUT PÉCHÉ

 

Depuis le concile d'Éphèse, il est tenu fermement que Marie n'a commis aucun péché personnel, même véniel. Cela est réaffirmé par le concile de Trente (Session VI sur la justification [Dz 1573] et can. 23). Toute créature libre peut pécher : l'Homme, au début, avait la grâce et il a péché. Mais la grâce initiale en Marie a inclus l'immunité de tout péché ultérieur. Cette grâce est un triomphe du Christ sur le péché (ce que n'était pas la grâce faite à Adam). La grâce de Marie était l'expression et l'effet d'une volonté de Dieu sur la personne de Marie : volonté de la préserver de tout péché. La volonté de Marie pouvait-elle faire obstacle à cette volonté divine ? En soi, oui, puisque le péché consiste à se soustraire à l'amour de Dieu. Mais on touche ici au mystère de la grâce en Marie : celle-ci lui a été totalement fidèle. 

 

LA CROISSANCE DE LA GRÂCE EN MARIE

 

Le cheminement spirituel de Marie, réalisé à la perfection, nous montre ce qu'est un cheminement spirituel, à commencer par le nôtre. S. Thomas parle des trois perfections successives de Marie (Somme de théologie, IIIa, q. 27, a. 5, ad. 2). En corrigeant sa pensée, on peut les noter ainsi :

 

  • La première sanctification ou Conception Immaculée la rendit apte à être la Mère du Christ : aptitude à sa vocation.

  • La deuxième sanctification résulte de l'Incarnation : le Fils de Dieu est dans son sein. Marie rencontre Celui qui est sa raison d'être : réalisation de sa vocation.

  • La troisième sanctification résulte de l'Assomption : Marie entre dans la gloire divine.


Trois étapes : disposition – réalisation – consommation. À chaque étape correspond une libération du mal avec un bien nouveau qui est donné :

 

  • L'Immaculée Conception a délivré la Vierge de la nécessité du péché originel et l'a inclinée au bien.

  • La Maternité divine l'a confirmée dans le bien.

  • La glorification l'a affranchie de toute misère et l'a mise en possession définitive de la gloire.


Ce schéma est celui du sens de toute vie spirituelle :

 

  • La grâce du baptême rend apte à la vie dans le Christ : préparation.

  • La réalisation de cette vocation est une participation croissante au Christ.

  • La consommation de cette vocation est son achèvement dans la gloire (à la résurrection de la chair).


Il y a néanmoins dans la condition humaine toute une part qui est aussi conséquence du péché et à laquelle Marie n'a pas échappé bien qu'elle fut toujours sans péché. Cela concerne sa vie dans la deuxième étape (réalisation de sa vocation). En effet, Marie appartient à l'âge de la rédemption et non à l'âge de la justice originelle. Elle a vécu dans un monde où l'harmonie primitive a disparu. Elle n'a pas été étanche à cette situation, pas plus que le Christ lui-même. Il faut relever ici particulièrement la question des souffrances physiques et psychologiques. Ce sont des effets du péché originel que l'on appelle les défauts de la nature déchue. Pourquoi Dieu n'a-t-il pas exempté Marie aussi de cela ?

 

C'est que, comme déjà dit, la grâce de Marie est la grâce du Christ rédempteur. Le Christ a volontairement assumé ces défauts de la nature déchue pour les détruire, pour nous en délivrer. La rédemption s'est opérée dans et par la souffrance. Marie, configurée au Christ, a connu ces défauts ; elle a pu en cela coopérer à notre salut. La miséricorde qui a rendu le Christ solidaire des êtres humains en leurs misère profonde a fait aussi Marie vulnérable. La grâce de Marie est la grâce du Christ ; elle la reçoit pour lui être configurée.

 

CONCLUSION

 

En ce début de la destinée de Marie qu'est la grâce d'exister sans la tache originelle, tout est gratuit de la part de Dieu. C'est au tout premier instant de son existence que Marie est comblée, avant d'avoir pu poser un seul acte méritoire.

 

Le cœur de ce mystère, c'est une forme d'expression de l'amour divin. Cet amour, différent du nôtre, ne dépend pas de son objet ; il le crée. Dieu n'aime pas une chose parce qu'elle est bonne (comme nous), mais une chose est bonne parce que Dieu l'aime. Et ici, Dieu fait de Marie la plus aimable des créatures : l'Immaculée Conception est le triomphe de la seule grâce de Dieu.

 

Par sa totale sainteté, Marie occupe une place éminente, la plus élevée, parmi les créatures. Seule parfaitement agréable à Dieu, en tout son être et en tout son agir, elle est la Reine de la création. Mais cette excellence ne la sépare pas de nous puisqu'elle est ordonnée à sa coopération à l'oeuvre du salut. En effet, Dieu donne à chaque être humain une responsabilité à la mesure des dons qu'il lui accorde. Plus Dieu l'élève par des dons remarquables, plus il l'appelle à servir de façon remarquable. Le plus grand est le serviteur, le premier est l'esclave de tous. Jésus est le Serviteur par excellence ; il est venu pour servir. Marie, élevée dans l'ordre de la grâce à un sommet unique, est tout entière servante de Dieu pour le salut du monde. Sa fonction d'intercession et d'avocate est au cœur d'une maternité spirituelle pour le monde.

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